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Grégoire Scalabre, la terre en obsession

Cinetique

Grégoire Scalabre a le feu sacré. Ce même feu qui cuit et révèle ses œuvres de céramiste. Le travail de la terre apprend l’humilité, impose son rythme. Ce n’est pas un matériau d’emphase ou de triomphe, c’est un matériau qui s’apprivoise à force de travail. À trente-huit ans, Grégoire Scalabre sait de quoi il parle, cela fait déjà plus de vingt ans qu’il s’y emploie avec talent et humilité. Rencontre avec un artiste magnétique.

Le temps de l’apprentissage et de la reconnaissance
J’arrive dans son petit atelier du 13e arrondissement de Paris, il m’accueille, souriant. Il me parle de ses débuts et de sa découverte très jeune à 10 ans de la terre et du tournage. Le premier contact est une révélation. Viendra par la suite le temps de l’apprentissage patient, sa rencontre fondatrice avec Christian Coissieux, jusqu’à l’ouverture de son propre atelier en 2002. Il monte l’école des Arts et Techniques Céramiques avec Christophe Bonnard en 2005, puis tout s’accélère : Talent à la Carte en 2007 au salon Maison & Objet, il est résident de la prestigieuse Manufacture de Sèvres de 2008 à 2010 où il crée notamment son œuvre Astrée exposée au Musée des Arts Décoratifs de Paris dans le cadre de l’exposition Circuits Céramiques en 2011.

Arrêt sur image, le premier livre
2013 ajoute sa pierre à l’édifice : Grégoire Scalabre a préparé un livre pour septembre avec le soutien de la Revue de la Céramique et du Verre. Un arrêt sur images, le temps de voir le parcours accompli. Il ne connaît pas le monde de l’édition, mais il s’y implique avec sérieux. « Ce n’est pas mon milieu, c’est nouveau pour moi. J’ai vu des maquettes, leur travail m’a plu. Après, c’est aussi compliqué, j’ai encore beaucoup à faire, je ne voulais pas d’un livre un peu prétentieux. Il y a donc beaucoup d’images et peu de texte. Il est là pour faire un bilan des pièces qui ont déjà été faites, mais ce n’est pas une rétrospective à proprement parlé.»

La Galerie NeC Nilsson et Chiglien
La sortie de cette première monographie est coordonnée avec une nouvelle exposition d’œuvres inédites exposées à la galerie NeC Nilsson et Chiglien, celle qui le suit depuis ses débuts. Et ce n’est pas un hasard car Grégoire Scalabre est du genre fidèle et n’aime pas le bla-bla. Son sacerdoce est le travail : « j’ai toujours fait de la céramique, je suis entré par la petite porte, je n’ai pas fait d’école d’art. En fait, je suis avant tout un artisan, j’ai commencé par l’utilitaire et maintenant je m’en éloigne mais je crée d’abord les pièces pour moi. Ce qu’elles deviennent par la suite, la manière dont elles peuvent être expliquées, conceptualisées, cela m’échappe et finalement ce n’est plus mon travail ! »

 « Tous les matins je descends à l’atelier comme un lendemain de Noël, excité et impatient. Je ne me lasserai jamais de travailler la terre. »

Partager et transmettre son savoir-faire
En parallèle, Grégoire continue d’enseigner à l’école des Arts et Techniques Céramiques ce qui lui laisse toute la latitude pour ses créations personnelles. Il me confie : « je ne voudrais surtout pas commencer une pièce pour espérer la vendre : enseigner me permet d’avoir une certaine tranquillité afin de créer en dehors de toute pression. » Mais ce n’est pas la seule raison : « j’aime enseigner, ne pas être toujours tout seul au fond de mon atelier, cela me permet de ne pas trop prendre la poussière ! » plaisante-t-il.

Le dessin comme première expression
Son ascension fulgurante ne vient pourtant pas perturber ce travailleur acharné. Patiemment dans son atelier, il dessine d’abord des dizaines de croquis : « je prends beaucoup de plaisir à dessiner, je réalise des dessins préparatoires pour tourner autour d’une pièce : l’envisager dans sa globalité est indispensable. Mais il y a aussi le dessin pour le plaisir de dessiner. J’ai un rapport particulier avec mes dessins, je ne m’en sépare pas ! Le dessin a une valeur pour moi, non pas esthétique, mais sentimentale parce qu’il cristallise un moment vécu lié à une sensation bien précise.» La phase d’après, les mains dans la terre, il modèle : dix, vingt pièces pour n’en retenir qu’une ou deux. « Je travaille la terre et c’est mon métier. Il faut essayer beaucoup, pour ne retenir que les plus abouties, celles dont les formes sont les plus justes. Ma hantise serait de me reposer sur ce que je maîtrise. »

La forme avant tout
Au fil de ses créations, il développe son vocabulaire propre avec, au cœur de sa recherche, le travail de la forme ; des lignes pures souvent souples, parfois plus tendues. Il travaille sans dogme, s’attelant au modelage, puis au tournage, passant de l’utilitaire à la sculpture : « je suis une espèce de mutant, je viens de l’utilitaire, mais en ce moment je réalise un travail de modelage et de sculpture pure, puis je reviendrai au tournage. J’ai beaucoup à dire et à faire et toutes les techniques sont intéressantes. » Et la couleur dans tout ça ? « Je m’intéresse depuis peu à la couleur. Il m’a fallu du temps. J’ai eu l’impression que la forme était une chose à approfondir en premier. Je me surprends aujourd’hui à aimer des émaux que je n’aimais pas avant et du coup, cela est plus visible dans mes nouveaux travaux. »

Des noms évocateurs
Le passé revient comme une rengaine dans son travail, les pièces se succèdent et les noms évocateurs restent : Haussmann, Astrée, Temps Modernes… Il a le besoin de se raccrocher à un passé connu, à un patrimoine répertorié pour mieux explorer sa propre histoire, comme il l’explique lui-même : « je crois que, d’une certaine manière, c’est pour me rassurer peut-être un peu, penser que cela légitime un peu plus ma démarche. Au final, cela donne un cadre à mes œuvres. Mais plus j’avance, moins j’ai besoin de ces noms. »

Grégoire, continue sobrement son parcours jour après jour en multipliant les pistes. Il ne veut pas « être identifié, ne plus bouger, faire des pièces sans surprise ». Au contraire, « pouvoir tout essayer, ne pas prendre racine, explorer des sujets, des techniques différentes, être un chercheur ». Grégoire Scalabre est un artiste serein. Son rêve ? Poursuivre ses recherches, prendre du plaisir à créer, toujours désirer cette terre à qui il doit tout. « Vivre une vie de céramiste, tout simplement » me dit-il.

 

 Et depuis cette interview…
Grégoire Scalabre partage son atelier avec la céramiste Pia Van Peteghem au sein de l’Atelier : un lieu qui abrite leurs créations mais aussi un espace de découverte, où vous pouvez participer à des stages de tournage et de recherche de formes. Pour découvrir ce beau lieu si inspirant rendez-vous ici.

Son livre : Grégoire Scalabre, Frénésie Minérale aux éditions de la Revue de la Céramique et du Verre


Ondes
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Les Croix

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Détail d’Astrée Detail-Astree


Hommage à Berndt Friberg

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Haussmann

Hausman-Vibration
Haussman-Martele


Temps Modernes

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Cinétique

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Fleurs de Grand Feu

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(Crédits photos : Grégoire Scalabre – ©Fabien Jallot – ©Florent Mulot – DR)

 

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One Comment
  1. Julien #

    Merci pour cette découverte !

    septembre 9, 2013

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